
Des histoires de troubadours
Loin de notre temps d’Internet et des déclarations par e-mails, des formules d’assurance en crédit, existaient des êtres qui chantaient de village en campagne, l’amour d’un chevalier pour sa belle. Du XIe au XIIIe siècle, à l’époque de la féodalité et de la barbarie, des poètes-musiciens se font les chantres d’un nouvel art de vivre. Tout de raffinement et de délicatesse, ils interviennent dans les cours du Midi puis du Nord. C’est dans la société occitane, et plus précisément en Aquitaine, qu’apparaissent les premiers troubadours, ces «trouveurs» de poèmes et de mélodies, qui susciteront plus tard dans le Nord, un mouvement de chanteurs ou trouvères.
Les troubadours sont des poètes occitans, issus de toutes les couches de la société et qui travaillent en s’inspirant de la vie quotidienne. Ils sont les premiers à exprimer en langue romane les traditions courtoises, en s’accompagnant parfois de quelques pirouettes évoquant des pas de danse. Au centre de cet idéal courtois, se situe la Dame suzeraine inaccessible et sublimée par le poète qui tire de l’insatisfaction de son amour la beauté et l’émotion délicate du fin’amor. Guillaume IX, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers, et Bernard de Ventadour, enfant du peuple, sont les chantres par excellence de l’amour courtois. Ils mêlent aux détails en apparence exacts les récits les plus fantastiques. Jaufré Rudel, prince de Blaye, connut ainsi un amour impossible; épris de la comtesse de Tripoli sans jamais l’avoir rencontrée, il entreprend en tant que Croisé, le grand voyage qui doit lui permettre de la voir enfin. Seulement la maladie s’empare de lui et il meurt à Tripoli dans les bras de sa bien- aimée qui, de désespoir prend le voile.
Cette liberté d’invention contraste avec le souci de l’expression auquel s’attachent les poètes occitans.
A côté de la chanson d’amour, les troubadours vont puiser dans les croisades, les guerres, les mœurs de leur époque, matière à poésie. Les sirvantès sont des poèmes satiriques engagés, le plus souvent politiques.
Les trouvères élargissent, selon des procédés et des thèmes analogues, cette floraison lyrique qui, à la fin du XIIe siècle a trouvé une place de choix à la cour de Champagne sous l’influence d’Eléonore d’Aquitaine et de sa fille Marie de Champagne. Le prince des trouvères, Thibaut IV de Champagne, dont la légende veut qu’il ait été amoureux de Blanche de Castille, a chanté l’amour courtois sous toutes ses formes. Différentes formes de poésies lyriques ont vu le jour à cette cour de Champagne et ont même influencé les poètes occitans : l’« aube », qui chante la séparation des amants au lever du jour; la «pastourelle » racontant la rencontre du chevalier et de la bergère. Et toujours le thème du chevalier partant pour la croisade, déchiré entre seul amour pour sa bien-aimée et le devoir que lui commande son titre de chevalier.
Comme les troubadours, les trouvères peuvent être grands seigneurs, comme Jean de Brienne qui mourut empereur de Byzance ou de pauvres manants. A la fin du XIIIEe siècle, cette littérature courtoise se perpétue chez des trouvères de l’école d’Arras comme Adam de la Halle qui en développant la pastourelle, va donner naissance à un nouveau genre dramatique très proche de la comédie musicale. Ces poètes-musiciens, qu’ils soient du Nord ou du Midi, étaient reçus dans les cours des royaumes et la plupart vivaient des générosités des rois et des princes. Les rois de Castille accueillaient volontiers les troubadours de nature provinciale, aux XIIe et XIIIe sciècle. Un mouvement identique prit naissance en Allemagne, avec les Minnesinger.
